Transformer le brouillard en eau pour lutter contre le changement climatique au Maroc

 

“Moissonner” le brouillard pour en faire de l’eau potable. L’idée semble pour le moins insolite et pourtant une ONG marocaine s’est donné pour mission de construire la plus grande installation de collecte de brouillard au monde. Le projet est en train de révolutionner la vie des villageois de la région.

Quand le vent souffle depuis l’Atlantique, un épais brouillard s’installe sur la cime des montagnes dans la région de Sidi Ifni au Sud du Maroc. En altitude, même si les précipitations sont rares, les nuages créent un environnement où l’humidité est omniprésente.

En plaine, pourtant, la région ne pourrait guère être plus aride. Sidi Ifni borde le désert du Sahara et ici l’accès à l’eau est une préoccupation constante pour les villages situés au pied des montagnes. Faute au changement climatique, les sécheresses toujours plus sévères depuis les années 80 n’ont fait qu’aggraver le problème si bien que la région a connu une immigration massive.

L’idée de pouvoir « moissonner » le brouillard a donc vite suscité l’intérêt. S’inspirant d’un projet similaire au Chili, l’ONG locale Dar Si Hmad a décidé d’ériger 600m2 de filets permettant de capter le brouillard sur le Mont Boutmezguida.

Les filets ont un maillage extrêmement fin et sont capables de capter les gouttelettes microscopiques qui forment le brouillard. Celles-ci coulent ensuite vers une gouttière puis sont acheminées jusqu’aux villages en contre-bas. Avant de pouvoir être bu, l’eau est traitée.

Un temps précieux gagné surtout pour les femmes

6300 litres sont ainsi collectés quotidiennement, de quoi alimenter une quarantaine de ménages dans cinq villages. Un accès à l’eau qui a révolutionné la vie surtout des villageoises qui s’enthousiasment dans une interview accordée aux Nations unies:

« L’eau c’est toute notre vie. Une maison sans eau est vide. Maintenant nous avons plus de temps. Nous pouvons simplement ouvrir le robinet et faire la lessive, abreuver nos animaux ou accomplir d’autres tâches ménagères. Nous avons aussi plus de temps pour nos enfants et plus d’eau pour leur faire prendre un bain. »

Auparavant ces femmes passaient près de quatre heures par jour à collecter de l’eau de puit. Aujourd’hui ce temps est souvent consacré à développer de nouvelles activités économiques. Nombreuses sont celles qui se sont lancées dans la production d’huile d’argan.

Lutte contre le changement climatique récompensée par les Nations unies

Dar Si Hmad a reçu le prestigieux prix “Élan pour le changement” des Nations unies pour son travail de lutte contre le changement climatique et d’amélioration de la condition des femmes. L’ONG marocaine a aussi récemment reçu des fonds du ministère allemand de la coopération pour construire 1600m2 supplémentaires de filets de deuxième génération. La nouvelle installation devrait permettre de collecter 36’000 litres d’eau par jour pour alimenter 13 villages au total.

Voir aussi: Le reportage de Marca Chile sur la collecte de brouillard dans le désert de l’Atacama au Chili et le reportage d’ E.V.S. sur un projet similaire en Érythrée.

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